La cloche de sept heures
par JEAN DELAF
chanson

Écoute ce morceau sur la radio communautaire Anthem.
par JEAN DELAF
chanson

Écoute ce morceau sur la radio communautaire Anthem.
Je suis debout au milieu du chemin,
une pierre plate sous le talon droit.
Je n'avais rien décidé jusqu'ici,
la cloche me prend au milieu du pas.
Sept coups. Je les compte comme des sous
qu'on pose un par un sur le comptoir.
Le troisième arrive un peu plus tard :
le clocher aussi a mal aux bras.
En bas, la fumée sort d'un toit gris,
quelqu'un pose une casserole au feu.
Un chien répond à la dernière note
et se rendort avant la fin du peu.
La cloche de sept heures monte jusqu'ici,
elle ne me demande rien, elle me trouve.
Je reste là, je ne finis pas mon pas.
Derrière moi, l'ombre du grand chêne
s'étire et touche le bord du pré.
Elle avance plus vite que ma peine,
je la laisse passer devant, entier.
J'ai mon manteau plié sur l'avant-bras,
la sueur froide entre les omoplates.
Je porte une lettre que je n'ai pas lue,
elle dort dans la poche, elle attendra.
Le silence après les sept coups
n'est pas vide, il est tiède, il est plein.
Une chambre où quelqu'un vient de rire,
et l'air garde la forme du refrain.
La cloche de sept heures monte jusqu'ici,
elle ne me demande rien, elle me trouve.
Je reste là, je ne finis pas mon pas.
Mon père disait : quand ça sonne, la casquette.
Il ne croyait ni au ciel ni aux saints,
il aimait juste s'arrêter un peu.
Je n'ai pas de casquette. Je tends les mains.
La cloche de sept heures monte jusqu'ici,
elle ne me demande rien, elle me trouve.
Je reste là. Je ne finis pas mon pas.