Le fleuve entre les pierres
par JEAN DELAF
chanson

Écoute ce morceau sur la radio communautaire Anthem.
par JEAN DELAF
chanson

Écoute ce morceau sur la radio communautaire Anthem.
En bas, le fleuve passe vite,
il frotte, il pousse, il se cogne,
il fait ce bruit de plaque de tôle
qu'on secoue au fond d'un hangar.
Plus loin, le lac ne bouge pas.
Il garde un carré de ciel,
comme une assiette qu'on a posée
et qu'on oublie sur la table.
Deux eaux, deux vitesses, un soir.
L'une s'arrache et l'autre attend.
Le fleuve n'a jamais le temps,
le lac n'a jamais rien d'autre.
Laquelle des deux je suis,
laquelle des deux je suis.
Moi, j'ai marché pendant trente ans
les poches pleines de départs,
j'ai raclé les pierres du chemin,
j'ai fait du bruit, j'ai fait mon fleuve.
Et me voilà sous une écorce,
les genoux dans l'herbe qui sèche,
assis comme une eau qui s'arrête
sous un ciel qui se penche dessus.
Laquelle des deux je suis,
laquelle des deux je suis.
Ma mère disait : il ne tient pas en place.
Mon père disait : il ne dit rien.
Ils parlaient tous les deux de moi
et tous les deux avaient raison.
La lune se pose sur le lac,
une lampe qu'on laisse allumée
dans une pièce où plus personne
n'a besoin de voir pour dormir.
Le fleuve, lui, continue dessous.
Il ne répond pas, il travaille.
Il use la pierre à ma place
et je ne décide rien ce soir.
Laquelle des deux je suis,
laquelle des deux je suis.
Le fleuve passe, le fleuve passe,
le fleuve passe encore.