Comment dire
par RDX
Chanson

Écoute ce morceau sur la radio communautaire Anthem.
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Écoute ce morceau sur la radio communautaire Anthem.
Comment dire...
Cela s’était produit si vite que Paul, d’abord, n’avait rien remarqué. Ce n’est qu’en tendant la main vers la table pour attraper sa tasse de café qu’il avait relevé les yeux. Et alors, il avait compris : Jules n’était plus là.
Un instant plus tôt, ils discutaient comme à leur habitude, sans passion particulière, d’un documentaire qu’ils avaient regardé la veille. Jules, avachi sur le canapé, jouait a rouler une pièce d'un euro ou 2 entre les doigts. Il avait parlé d'un truc à propos de l’évolution des espèces, un commentaire qu’on oublie dès qu’il est prononcé. Dans un premier temps, Paul hocha la tête, et d'un coup d'un seul.... il n'y avais plus que lui.
Il n’y avait pas eu de bruit. Aucun mouvement brusque. Sa tasse de café, à moitié pleine, reposait encore sur la table, et son liquide ne faisait que tiédir . Le coussin sur lequel il était assis portait encore la trace de son poids, légèrement affaissé. Mais Jules avait bien disparu.
Paul resta immobile un long moment, l’air ébété, comme si le temps était suspendu autour de lui, hésitant à reprendre son cours. Puis il se leva, tourna autour de la pièce, appelant doucement :
— Jules ? Jules !
Il ouvrit la porte de la salle de bain, jeta un œil dans la chambre. Mais rien. Ni dans le couloir, ni sur le palier. Ce n’était pas un de ces départs où l’autre quitte sans prévenir, une valise à la main, laissant derrière lui le silence d’un adieu consenti. Non, Jules s’était tout simplement volatilisé.
Paul revint dans le salon. Le café refroidissait, la pièce était toujours là, immobiles sur la table basse. Tout semblait étrangement figé. Il s’assit sur le canapé, à la même place que Jules, comme pour s’imprégner de la chaleur résiduelle de son corps. Mais il n’y avait rien, rien que cette sensation oppressante d’un vide inexplicable.
Et puis, il remarqua. Une chose subtile, presque imperceptible. L’air avait une texture différente, comme si l'atmosphère était chargé d’électricité. Chaque son paraissait légèrement étouffé, comme si le monde entier avait fait un pas de côté.
— Jules ? murmura Paul à nouveau, mais sa voix lui parut étrangère... absurde.
Quelque part au fond de lui, il savait qu’il ne trouverait pas de réponse. Jules n’était plus là, non pas parce qu’il s’était enfui ou caché, mais parce que, d’une manière ou d’une autre, il n’existait plus dans ce monde et peut être même qu'il n'avait jamais existé, tout simplement.
Paul resta là, incapable de bouger, envahi par un vertige qui n’était pas tant une peur qu’un profond sentiment dissonant. Une pensée fugace le traversa : Et si c’était lui, Paul, qui s’était égaré dans un recoin oublié de la réalité ?