Répondrepondre à tous
par PassepartoutFR
Chanson

Écoute ce morceau sur la radio communautaire Anthem.
par PassepartoutFR
Chanson

Écoute ce morceau sur la radio communautaire Anthem.
Lundi, 8h
Un courriel. ...
Le Sujet : « Nouvelle machine à café — 3e étage ».
Envoyé à... toute la compagnie. Douze cents personnes.
C'est là que ça a commencé.
Y'a un gars, gentil, poli, qui a voulu remercier,
Il a cliqué « répondre » — mais « à tous », par pitié,
« Merci pour l'info ! » — douze cents boîtes qui vibrent,
Un « merci » innocent — pis la compagnie qui titube.
Deux minutes plus tard, un deuxième, plus pressé :
« SVP, arrêtez de répondre à tous » — envoyé... à tous, bien sûr,
Un troisième enchaîne : « moi aussi je suis d'accord ! »,
Un quatrième : « pouvez-vous me retirer de la liste ? » — encore, encore.
Pis chaque clic en appelle dix, chaque « stop » en fait vingt,
Chaque « désabonnez-moi » réveille trente voisins,
La boîte de réception saigne, le petit chiffre rouge grimpe,
Personne travaille depuis 9h — mais tout le monde participe.
Répondre à tous ! — quarante-deux courriels,
Répondre à tous ! — pour dire d'arrêter, quel zèle,
On sonne l'alarme en tirant nous-mêmes sur la corde,
Répondre à tous — c'est la démocratie qui déborde.
Le gars des finances tape en majuscules : « CECI EST INACCEPTABLE »,
La DRH répond : « restons courtois, merci » — à tous, imparable,
Un stagiaire, terrorisé, écrit « désolé, c'était pas moi »,
Personne l'avait accusé — mais là, douze cents personnes le voient.
Le VP intervient, solennel : « je demande le calme »,
Quelqu'un lui répond : « qui êtes-vous ? » — la salle entière se pâme,
L'informaticien supplie : « ne répondez plus, le serveur chauffe »,
Trente personnes lui répondent « ok » — chacune à tous. Catastrophe.
Pis chaque clic en appelle dix, chaque « stop » en fait vingt,
Chaque « désabonnez-moi » réveille trente voisins,
La boîte de réception saigne, le petit chiffre rouge grimpe,
Personne travaille depuis 9h — mais tout le monde participe.
Répondre à tous ! — trois cent dix-huit courriels,
Répondre à tous ! — un gars a joint un GIF, quelle merveille,
On éteint le feu à l'essence, tout le monde tient le bidon,
Répondre à tous — le bureau s'auto-détruit, mais en bonne intention.
À midi, quelqu'un lance un sondage : « pizza ou sushis ce vendredi ? »,
Ça repart de plus belle — cent votes, cent avis, cent répliques, mercredi,
Un gars en vacances a mis un « absent du bureau » automatique,
Qui répond à chaque courriel — donc douze cents fois. Magnifique.
Pis à 14h12, le silence. Plus rien. Plus un bip.
Le serveur a rendu l'âme — l'informaticien a tiré la prise, en équipe,
Douze cents personnes dans le noir, sans courriel, sans réseau,
Pis pour la première fois de la journée... le monde se remet au boulot.
Tu sais c'que j'ai compris, ce lundi-là ?
Que personne, jamais, n'a cliqué « répondre à tous » par méchanceté.
Le premier voulait juste dire merci.
Le deuxième voulait juste que ça s'arrête.
Le troisième voulait juste dire qu'il était d'accord.
Douze cents bonnes intentions.
Six cent quarante-trois courriels.
Un serveur mort.
Pis une machine à café au 3e étage que personne a jamais vue.
C'est ça, le bureau : un endroit où tout le monde veut bien faire...
en même temps... à tous.
Répondre à tous — six cent quarante-trois courriels,
Répondre à tous — pour une machine à café, quelle épopée, quel réveil,
On a voulu bien faire, on a fait bien pire, sans le vouloir,
Répondre à tous — c'est l'enfer pavé de « merci pour l'info », le soir.
Alors une seule règle, gravée sur chaque clavier, en gros :
Avant de répondre à tous... demande-toi qui s'en fout. C'est presque tous. Zéro.
Le silence est un courriel que personne a jamais regretté,
Répondre à tous — nan. Répondre à personne. Pis aller travailler.
Répondrepondre à tous — PassepartoutFR · ▶ 16 écoutes | Anthem — Anthem