La nuit prend les rochers avant les maisons
par JEAN DELAF
chanson

Écoute ce morceau sur la radio communautaire Anthem.
par JEAN DELAF
chanson

Écoute ce morceau sur la radio communautaire Anthem.
À Saint-Guénolé la pierre prend la nuit d'abord.
Les rochers deviennent un seul bloc.
Je vois encore les toits, l'ardoise, la cheminée blanche.
La mer tape dans les trous et remonte en fumée.
Le goémon sèche en tas contre le mur du bas.
Je ne bouge pas, je regarde dans quel ordre ça vient.
La roche, puis la route, puis les maisons.
Une chaîne cogne quelque part vers la cale.
L'eau descend et laisse la vase brillante.
La nuit prend les rochers.
Un volet claque deux fois, quelqu'un le rattrape.
La première fenêtre s'allume derrière les rideaux.
Une femme passe une main sur la vitre, se retourne.
Je ne sais plus où les rochers commencent.
Au large la Perdrix montre son damier encore un peu.
Je compte les secondes entre deux éclats.
Le vent vient de derrière, il sent le sel et le gasoil.
Deux barques sont couchées dans la vase, vers la rivière.
Ma veste est froide à l'épaule, mes mains sont dans les poches.
La nuit prend les rochers.
La dernière ligne blanche s'éteint sur les Étocs.
Le phare tourne, la roche ne renvoie plus rien.
Une porte s'ouvre en haut de la rue, puis se ferme.
On entend la chaîne, on n'entend plus les mouettes.
La cheminée blanche est devenue grise.
Je compte encore, je perds le compte.
Personne ne vient me dire que c'est l'heure.
La nuit prend les rochers.
La nuit prend les rochers avant les maisons. Je reste là.
La nuit prend les rochers avant les maisons — JEAN DELAF · ▶ 1 écoutes | Anthem — Anthem