Quatre heures dix, plafond blanc
par Josette
hip-hop

Écoute ce morceau sur la radio communautaire Anthem.
par Josette
hip-hop

Écoute ce morceau sur la radio communautaire Anthem.
Quatre heures dix.
Plafond blanc.
Une fissure au-dessus du radiateur.
Elle part du coin.
Elle s'arrête.
Comme moi.
Le drap sent la lessive de chez ma mère.
J'ai pris la marque exprès.
Le téléphone est là.
Face contre table.
Onze appels manqués, comptés à minuit.
J'en ai rappelé zéro.
Le frigo se remet en marche.
Je sursaute.
Chaque fois.
Quatre heures dix, plafond blanc.
Je ne dors pas, je ne mens pas.
Il n'y a personne à qui mentir.
Quatre heures dix, plafond blanc.
J'ai rangé la cuisine à une heure.
J'ai tout déplacé à deux.
Les verres à l'envers.
Bien alignés.
Ça ne sert à rien.
Je sais.
Mardi j'ai dit : ça va.
J'ai dit ça très vite.
La fille au guichet a hoché la tête.
Quinze personnes derrière moi.
Merci.
Vraiment merci.
L'affiche pastel au-dessus d'elle.
Une main, un numéro vert.
Elle me demande encore.
Et ici, pas de rame pour couper la phrase.
Quatre heures dix, plafond blanc.
Je ne dors pas, je ne mens pas.
Il n'y a personne à qui mentir.
Quatre heures dix, plafond blanc.
Le néon du couloir grésille.
Je l'entends à travers la porte.
Chez ma grand-mère, à Narbonne,
le vent des étangs passait sous le volet.
Je comptais les coups.
Je m'endormais avant dix.
J'ai neuf ans.
J'ai vingt-neuf ans.
Je compte encore.
Quatre heures quarante.
La façade est tombée.
Je n'ai rien mis à la place.
Le drap, la fissure, le radiateur.
Et c'est plus calme qu'hier.
Quatre heures dix, plafond blanc.
Je ne dors pas, je ne mens pas.
Il n'y a personne à qui mentir.
Quatre heures dix, plafond blanc.
Cinq heures vingt.
Le ciel change de gris.
Le téléphone est toujours là.
Face contre table.
Encore quarante minutes.
Et je le retourne.
Quatre heures dix, plafond blanc — Josette · ▶ 1 écoutes | Anthem — Anthem