Les barques inclinées
par JEAN DELAF
chanson

Écoute ce morceau sur la radio communautaire Anthem.
par JEAN DELAF
chanson

Écoute ce morceau sur la radio communautaire Anthem.
L'eau de la rivière s'en va sans bruit.
Sous le pont de Pont-l'Abbé, la vase apparaît.
Les coques se couchent, une épaule d'abord.
Le bois grince une fois, puis plus rien.
Une chaîne pend, trop longue, dans le gris.
Elles attendent leur heure.
Elles attendent leur heure.
Je compte six barques le long du quai Saint-Jean.
La verte a le flanc pris jusqu'au liston.
Un seau reste debout au fond de la bleue.
Un oiseau a marché là, trois doigts écartés,
et la vase referme déjà les trous.
Elles attendent leur heure.
Elles attendent leur heure.
Personne ne vient redresser les coques.
On les laisse couchées, elles se relèveront.
Une voiture passe derrière les arbres.
Une fenêtre s'allume au-dessus de la cale.
Quelqu'un lave une assiette, je vois son bras.
Mon père disait : on ne pousse pas la mer.
Il attendait assis sur le banc du hangar,
les mains à plat sur les genoux, le ciré ouvert.
Il regardait l'heure sur une montre arrêtée,
et il se levait quand l'eau touchait la cale.
La vase sent le sel et la feuille pourrie.
Le noir monte de l'eau, pas du ciel.
Un volet bat contre le mur du hangar.
Je reste sur le bord, les pieds dans l'herbe courte.
L'eau revient toujours par le même chenal.
Elles attendent leur heure.
Elles attendent leur heure.
Elles attendent leur heure.
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