Le sentier avant l'ombre
par JEAN DELAF · extrait de l'album Le chêne du versant

par JEAN DELAF · extrait de l'album Le chêne du versant

Je monte par le chemin des ronces,
la veste ouverte, le col trempé.
Trois cents mètres et le souffle casse,
je compte les bornes de pierre taillée.
Un chien aboie dans une cour basse,
un tracteur rentre, très loin, très lent.
La clarté glisse derrière les collines,
je mets la main sur mes yeux, contre le vent.
Le sentier monte avant l'ombre,
et l'ombre attend là-haut, tranquille.
Je m'arrête au coude du sentier,
je bois deux gorgées à la bouteille.
Mes lacets sont blancs de poussière,
mes mollets brûlent, ça me réveille.
Puis je le vois, au bout du versant,
les bras ouverts, noir sur le jour.
Le grand chêne et son ombre longue
qui couche la pente comme un velours.
Le sentier monte avant l'ombre,
et l'ombre attend là-haut, tranquille.
Je pose mon sac au pied de l'arbre,
je ouvre les doigts sur l'écorce chaude.
Le jour devient braise sur la plaine,
je ne dis rien, je laisse le vent qui rôde.
Le sentier monte avant l'ombre,
et l'ombre attend là-haut, tranquille.
Rien à dire, je reste là.